Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 15:20

LE 19 OCTOBRE 1984, IL Y A VINGT-CINQ ANS, LE PÈRE JERZY POPIELUSZKO, que l'on appelait « l'aumônier de Solidarnosc », le syndicat qui luttait contre le régime communiste de Pologne, était torturé à mort par des émissaires du gouvernement communiste qui lui en voulait pour ses prises de position en faveur de la liberté. Son corps, jeté dans la Vistule, fut retrouvé le 30 octobre suivant. Plus de 500 000 personnes suivirent ses funérailles, le 3 novembre suivant. Beaucoup le tiennent pour un martyre du combat de l'Église contre les totalitarismes. Son procès de béatification a commencé en 2008.
Question... La plupart des totalitarismes politiques, comme celui qu'a combattu le père Jerzy, sont tombés il y a une vingtaine d'années. Ne semble-t-il pas qu'un autre totalitarisme plus insidieux (et, pour cette raison plus difficile à combattre) soit en train de se substituer à eux. Celui d'un capitalisme gargantuesque, d'une accumulation de richesses entre les mains d'un petit nombre de privilégieés, et de systèmes financiers produisant des ravages impitoyables à l'échelle mondiale. Relisons l'actualité concernant les salaires de certains PDG, les bonus des traders, le nombre de suicides au sein de Telecom France (25 à l'heure actuelle), dont on dit qu'ils ont pour cause le management implacable de la firme...
Par Jean-Claude Alleaume - Publié dans : Histoire de l'Église - Communauté : Religion chrétienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /Août /2009 05:18


”CHANT SACRÉ LIÉ AUX PAROLES”.
C’est ainsi que le concile Vatican II définit le chant liturgique comme faisant partie de ce “trésor inestimable” que la tradition de l’Église a créé au fil des siècles et qu’il recommande de garder et de cultiver “avec la plus grande sollicitude”.

 

On remarquera d’abord que le Concile dit : “Chant sacré lié aux paroles”, et non pas : paroles sacrées liées au chant. Cette nuance est capitale. Elle se rapporte à une règle élémentaire de composition musicale, qui veut que la musique soit toujours conçue en fonction du texte, et non pas l’inverse. En d’autres mots, c’est sur lui, le texte, que le compositeur doit fixer son attention — pour s’en inspirer —, afin que la musique qu’il écrit illustre et exprime au mieux le sens des paroles. Autrement, en raison de son pouvoir d’évocation, qui est prépondérant, la musique serait en contradiction avec le texte, et l’œuvre perdrait à la fois son unité et sa pertinence. Telle est la raison d’être de cette règle. Elle n’est pas voulue par le Concile Vatican II, mais établie, de temps immémorial, par l’art musical lui-même.

 

Quand donc le Concile dit : “Chant sacré lié aux paroles”, tout musicien se reconnaît. Or il s’agit ici de musique liturgique. A plus forte raison, c’est le texte sacré qui doit faire naître la musique. C’est ce que réclamait le pape Jean-Paul II, qui parlait de la nécessité de “traduire dans une mélodie la vérité du Mystère que l’on célèbre dans la liturgie”.[2] Dès lors, on comprend que toute dérogation à cette règle ne peut que fausser le sens de la célébration. Ainsi, à vouloir « forcer » des paroles sur des airs en vogue comme celui de la symphonie du Nouveau Monde de Dvořák, on obtient des niaiseries du genre : “Qui de nous trouvera un mondeux meilleur ?” 

 

Le Concile précise dans quel sens il faut entendre ces “paroles” : elles “seront conformes à la doctrine catholique et même seront tirées de préférence des saintes Écritures et des sources liturgiques”. [3] Sur ces textes, le Concile invite les musiciens à composer “des mélodies qui présentent les marques de la véritable musique sacrée et qui puissent être chantées non seulement par les grandes Scholæ cantorum, mais qui conviennent aussi aux petites et favorisent la participation de toute l’assemblée des fidèles”. [4] Nous avons là les données essentielles du sujet que j’aborde. Nous aurons remarqué l’insistance sur la participation de l’assemblée, que le Concile ne perd jamais de vue. J’orienterai donc mon propos dans ce sens.

 

En image : le grand orgue de Notre-Dame de Paris
 

Mélodies sacrées

 

La marque d’une bonne mélodie pour l’assemblée est avant tout la simplicité ou, si l’on préfère, la sobriété. Ici plus qu’ailleurs, on se souviendra qu’au royaume de l’art, la beauté fait rarement bon ménage avec la complexité. Quoi de plus simple et de plus beau, en effet, que l’air de l’Hymne à la Joie de la Neuvième Symphonie de Beethoven, l’Ave Maria de Franz Schubert ou ce Stille Nacht (Douce Nuit) de Franz Grüber qui s’est imposé comme une sorte d’indicatif de Noël ? On comprendra qu’il ne s’agit pas ici de banalités ou de productions à bon marché, mais de cette simplicité qui émane — qui transpire pour ainsi dire — de la richesse spirituelle et culturelle d’un auteur. Or, de manière générale, on ne peut pas dire que cette simplicité soit la marque des chants que nous pratiquons dans nos églises. Secs et bruyants pour la plupart, leur allure est trop rapide pour que l’assemblée puisse suivre commodément. La mélodie — l’air —, qui doit conduire le chant et servir de repère aux fidèles, ne ressort pratiquement jamais du fouillis de l’accompagnement.[5] Les notes se bousculent au pas de charge, en croches et doubles-croches. Parfois elles se répètent plusieurs fois de suite, ce qui fait piétiner l’air, entrave son élan et, par conséquent, n’invite pas à participer au chant… Comment donc ne s’aperçoit-on pas que s’il faut houspiller les fidèles pour qu’ils chantent, c’est que le cantique choisi ne s’impose pas de lui-même ?

 

Cependant, techniquement parlant, le plus grave défaut de ces chants est qu’ils manquent d’ampleur. Il est dans la nature des choses, en effet, que l’ampleur est ce qui s’impose le plus lorsqu’on se trouve en présence d’un nombre important de voix. Car pour qu’elles s’expriment, elles doivent se sentir à l’aise. Elles s’unissent alors avec cette spontanéité que nous connaissons, par exemple, aux chœurs qui montent des tribunes au cours d’un match de football. Mais nos chants liturgiques manquent d’ampleur et, pour cette raison, ils ne favorisent pas la participation de l’assemblée. Cependant que, par ricochet, les chorales ont développé la fâcheuse habitude de tout précipiter et de tout rétrécir. C’est le cas, par exemple, du “Dieu saint, Dieu fort” du frère Jean-Paul Lécot, organiste de la basilique Saint-Pie X de Lourdes : exécuté à toute allure et dans un rythme éreintant, cet admirable Sanctus, pourtant conçu pour les grandes assemblées de Lourdes, a absolument tout perdu de son ampleur et de son intensité spirituelle !

 

Mais il y a plus regrettable encore. C’est que la musique de nos chants proprement liturgiques ne traduit quasiment jamais leur caractère et leur esprit. Ainsi, le Kyrie et l’Agneau de Dieu sont des implorations : “Prends pitié de nous !” Le Gloire à Dieu est une hymne à la Sainte Trinité. Le Sanctus et l’Anamnèse sont, respectivement, des acclamations de la gloire de Dieu et du Christ ressuscité. Par ce qu’ils expriment, ces textes sont donc bien différents les uns des autres. Cela étant, de même que le tailleur s’adapte à la texture de l’étoffe qu’il coud, le compositeur est tenu de se conformer à leur caractère spécifique s’il veut servir la liturgie ou, à la limite, faire œuvre musicale tout court.

 

Le Sanctus en particulier, qui nous associe à la « liturgie du ciel »,[6] commence par la contemplation de l’immense sainteté de Dieu. C’est de cette contemplation que jaillit la louange : “Hosanna au plus haut des cieux !” De plus, étant donné que la Prière eucharistique débute par la Préface, le chant du Sanctus doit nécessairement faire le lien entre elle, la Préface, et la prière par laquelle le célébrant poursuit : “Toi qui es vraiment saint…”  Autrement, l’élan et l’unité de la célébration seront brisés au départ même, et le résultat sera une liturgie eucharistique décousue, fragmentée, appauvrie et, en fin de compte, lassante. Il est par conséquent inacceptable que ces chants — Kyrie, Gloire à Dieu, Sanctus, Anamnèse et Agneau de Dieu — soient tous traités de la même manière, à la même allure et dans le même style (souvent heurté, voire agressif). Et que, par-dessus le marché, on les présente sous la forme archirebattue de refrains et couplets traînant en longueur.

 

Par contraste, si l’on peut dire, voici ce qu’écrivait le pape Jean-Paul II dans sa Lettre du 22 novembre 2003. Après avoir souligné “la nécessité de purifier le culte de bavures de style, d’expressions négligées, de musiques et de textes sans intérêt et peu en harmonie avec la grandeur de l’acte que l’on célèbre”, il écrit : “La musique liturgique doit en effet répondre à ses exigences essentielles spécifiques : la pleine adhérence aux textes qu’elle présente, la consonance avec le temps et le moment liturgique auxquels elle est destinée, la correspondance avec les gestes que propose le rite. Les divers moments liturgiques exigent en effet une expression musicale propre, apte à faire apparaître tour à tour la nature propre d’un rite déterminé, tantôt en proclamant les merveilles de Dieu, tantôt en manifestant des sentiments de louange, de supplication ou même de tristesse à cause de l’expérience de la souffrance humaine, une expérience cependant que la foi ouvre à la perspective de l’espérance chrétienne”. [7]

 

Nous avons là comme un précis de composition pour la liturgie. Et même — pourquoi ne pas le dire puisque le rapprochement se fait de lui-même et vient confirmer, du point de vue strictement musical, la justesse des observations du Pape ? — nous avons là aussi comme un précis de composition pour le théâtre lyrique, où la musique doit obligatoirement se plier au texte et aux situations du livret… sous peine d’être copieusement sifflée par le public ! Sous ce rapport — et bien d’autres encore ! —, l’art donne raison à Jean-Paul II… Mais revenons aux mélodies pour les assemblées liturgiques.

 

Concrètement, des phrases simples mais bien taillées, bien construites avec de belles inflexions, de belles « courbes », voilà ce qu’il faut. Et puisqu’il s’agit de musique liturgique, on doit ajouter à la simplicité une certaine noblesse, l’une et l’autre s’accordant fort bien d’ailleurs, comme dans les chants : Nous sommes ton Église, Dans la maison de Dieu, Esprit de Pentecôte, Peuple de Lumière

 

Rien ne vaut une belle mélodie. Non seulement pour rendre le texte plus vivant et donner à la prière “une expression plus suave”,[8] mais pour susciter chez les fidèles, tout simplement, l’envie de chanter. Or, comme nous l’avons vu, c’est principalement au niveau de la mélodie que beaucoup de chants liturgiques sont déficients. C’est donc aussi à ce niveau qu’il convient de chercher la raison des réticences de l’assemblée. Car il ne suffit pas d’aligner des notes sur des syllabes. Il faut aussi que les « idées » principales du texte soient mises en valeur par la musique ; que la mélodie épouse le rythme et les accents du texte — autrement, cela produit des contresens du genre “cari-là fait des merveilles” ; que son allure et son style, comme nous l’avons vu plus haut, correspondent au sens des paroles et s’accordent à leur caractère ; que des temps de repos permettent aux fidèles de goûter, et le contour du chant, et la saveur du texte sacré, condition essentielle pour qu’ils y participent “pleinement”. Il semble bien que ce soit ainsi que les Pères du concile Vatican II comprenaient les choses quand ils parlaient de “mélodies qui présentent les marques de la véritable musique sacrée”, destinées à favoriser la participation de toute l’assemblée des fidèles.  

 


[1]  Constitution Sacrosanctum Concilium, no 112.

[2] Lettre du 22 novembre 2003, no 12. — Dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia du 17 avril 2003, le Pape parlait des compositeurs “qui se sont mesurés aux textes liturgiques de la Messe” (no 49).

[3] Constitution Sacrosanctum Concilium, no 121.

[4] ibidem, nos 112 et 114.

[5] Ce point a son importance. Nous l’avons fait remarquer, une assemblée liturgique ne chante pas comme un soliste ou un chœur d’opéra. Un accompagnement fait d’accords rythmés ou d’arabesques ne suffit donc pas. Les fidèles doivent aussi entendre la mélodie pour être en confiance.

[6] cf. Constitution Sacrosanctum Concilium, no 8.

[7] Lettre du 22 novembre 2003, nos 3 et 5.

[8] ibid., no 112.

 


Par Jean-Claude Alleaume - Publié dans : Culture générale - Communauté : Religion chrétienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 12:23


TOUT CE QUI NOUS RÉJOUIT DANS L'EXISTENCE EST UN DON DE DIEU. La vie qui pétille en nous, l'affection de nos proches, la belle nature qui nous entoure, les talents qui nous permettent de forger notre avenir, l’intelligence et la liberté intérieure qui sont à l'origine de ce que nous appelons : notre personnalité, toutes ces choses sont des dons que Dieu fait à chacune et à chacun de nous. Ils sont nécessaires pour que nous puissions vivre comme des êtres humains.
Mais la grâce est un don infiniment plus précieux. “Si tu savais le don de Dieu”, dit Jésus à la Samaritaine qui venait puiser l’eau au puits de Jacob. Et de lui annoncer que l’heure approchait où serait offerte à l’humanité cette “eau vive” qui devient “une source jaillis­sant en vie éternelle” (Jean 4, 14). C’est de la grâce que Jésus parlait à cette femme. La grâce enrichit notre nature et notre personnalité d'une manière particulière. Voici comment.

 

En illustration : Ruines du temple samaritain sur le mont Garizim

C’est Dieu qui nous a créés, lui qui nous a fait exister dans cette nature humaine que nous avons en commun avec tous les habitants de la terre, et qui fonde la fraternité universelle. Mais en nous donnant sa grâce, Dieu fait davantage : il nous élève au-dessus de notre condition humaine, nous attire à lui et nous appelle à être “unis à la divinité de son Fils qui a pris notre humanité”, selon la belle expression que nous utilisons dans la liturgie.
 Aussi, le don de la grâce dépasse complètement l'ordre de la nature et notre expérience humaine de l’existence. C'est pourquoi nous disons que la grâce est un don surnaturel. Autrement dit, nous n'avons pas besoin de la grâce pour vivre notre vie ordinaire, mais nous avons absolument besoin de la grâce pour vivre dans l'intimité de Dieu, comme fils et filles de Dieu.


Qu’est-ce que la grâce ?

 

Vous aurez sans doute remarqué la ressemblance du mot « grâce » avec le mot « gratis ». Ce n’est pas une coïncidence. La grâce, en effet, est bien un don gratuit que Dieu nous fait. En ce sens que, lorsqu'il nous accueille dans son amitié et fait de nous ses fils et ses filles, il n'agit pas par nécessité, mais par un choix libre de son amour et de sa miséricorde, en vertu de la rédemption que Jésus a accomplie pour nous en s’offrant sur la Croix. En effet, puisque Dieu a décidé de créer l’humanité de la manière que nous connais­sons, tout être humain doit nécessairement être doté d'un squelette, d'un cœur, d'un estomac, etc, ainsi que des facultés spirituelles qui fondent sa personnalité : l'intelligence et la volonté. L’ordre de la nature, fixé par Dieu lui-même, exige que nous venions ainsi à l’existence. Mais l’ordre de la nature n'exige pas que l’être humain soit élevé au rang de fils ou de fille de Dieu. C'est pourquoi nous disons qu'en nous donnant sa grâce, Dieu n'agit pas par nécessité, mais gratuitement, parce qu'il choisit librement de le faire.

 

Librement. Le mot clé lorsque nous parlons de la grâce, c'est : la liberté. De la part de Dieu, il y a liberté puisque c'est par pure bonté et par amour qu'il nous appelle à devenir ses fils et ses filles. De notre côté aussi il y a liberté puisque nous pouvons accueillir ou refuser la grâce qu'il nous offre, sans cesser pour autant d’être des personnes humaines. La grâce est donc bien un don gratuit et surnaturel où se trouvent engagées, et la liberté de Dieu, et la nôtre.

 

Comment est-ce que la grâce agit en nous ?  

 

La volonté de Dieu, c’est que “tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (1 Tm. 2, 4).  Or, nous sommes incapables de nous sauver tout seuls. C'est toujours Dieu qui sauve, moyennant notre libre coopération à son initiative. “C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, écrit saint Paul, à cause de votre foi ; cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu” (Eph. 2, 8). La grâce commence donc par préparer nos cœurs à accueillir l'appel de Dieu en vue du salut.

 

Comprenons… Le fait est que chacun de nous est né pécheur. L'attrait du péché et le péché lui-même sont parmi les réalités qui nous sont le plus familières. “Je suis un être de chair vendu au péché, écrit saint Paul ; vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas ; car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je déteste” (Rm 7, 14-15). C’est aussi notre expérience à tous. Or, c'est à partir de cet état de péché que Dieu nous appelle à vivre de la vie nouvelle qui fait de nous ses fils et ses filles. La grâce va donc nous tirer de notre état de péché pour nous élever jusqu'à la sainteté de Dieu (cf. Mat 5, 48). Saint Paul, toujours, exprime cela de manière saisissante : “Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé” (Col. 1, 13-14). Ainsi, le seuil décisif que la grâce nous fait franchir sur le chemin du salut, c'est la réconciliation avec Dieu. Ce seuil, saint Paul l’appelle : la « justification ». Suivons-en les étapes.

 

 La grâce de la Foi

 

“C'est par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi”. Saint Paul nous donne ici une précieuse indication sur le cheminement de la grâce en notre âme : elle commence par nous ouvrir à la foi. Mais, fait-il remarquer, comment croire sans d'abord entendre l'appel de Dieu ? (cf. Rom. 10, 14). Nous comprenons ainsi que la première grâce qui nous est faite, c'est la parole que l'Église nous fait entendre de la part de Dieu.

 

L’Église annonce Jésus Christ, le Sauveur que le Père nous a envoyé, pour nous amener à le connaître et à nous unir à lui par la foi et la fidélité à sa parole (cf. Jn 14, 23-24). Mais l'acte de foi, par lequel nous adhérons au Christ, est lui-même une grâce de la miséricorde divine. Saint Paul précise, en effet, que “personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur’, si cela ne lui est donné par l'Esprit Saint” (1 Cor. 12, 3).

 

 L’Espérance et la Charité

 

Cependant, la Foi, qui est la première grâce que Dieu nous fait, entraîne d'autres grâces qui achèveront notre justification. Car la foi engendre l'Espérance. En effet, puisque je crois en Jésus Christ, je suis porté à espérer en la miséricorde de Dieu qui se manifeste en lui, et j’attends avec confiance l’accomplissement des promesses qu’il m’a faites de la part de son Père. Souvenons-nous, par exemple, de sa prière : “Père, ceux que tu m’a donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi, eux aussi, et qu’ils contemplent ma gloire” (Jn 17, 24).

 

Par l'Esprit de Jésus, je suis alors attiré vers ce Dieu en qui je crois et espère. Je me mets à l'aimer comme celui qui, seul, peut me délivrer du mal et apaiser ma soif d'infini (cf. Ps 63). N'est-ce pas, justement, ce que l'on peut appeler le « cri du cœur » de l'apôtre Pierre : “Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle” (Jn 6, 68). Sous l’effet de la grâce, nous recevons ainsi, par l’Esprit de Jésus, les trois grandes vertus qui nous font entrer en communion intime avec Dieu : la Foi, l’Espérance et la Charité, qui est l’Amour même de Dieu.

 

Remarquons, en passant, qu’on ne doit pas confondre la Charité, dont saint Paul fait l’éloge dans un passage inoubliable (1 Co 13, 1-13), avec l’expérience humaine de l’amour. Jésus précise bien, en effet, que c’est un “commandement nouveau” qu’il donne à ses disciples quand il dit : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés” (Jn 13, 34). Il s’agit donc d’aimer avec l’amour même du Seigneur Jésus et, pour cela, il est nécessaire de “demeurer” en son amour, qui est identique à l’amour du Père (cf. Jean 15, 9-10). La Charité est donc d’un autre ordre que l’amour humain. Elle prend sa source en Dieu, est répandu en nos cœurs par l’Esprit de Jésus, et nous fait participer à l’Amour de la Sainte Trinité, c’est-à-dire à la vie même de Dieu.

 

 La grâce du repentir et de la conversion

 

Ainsi, sous l'impulsion de la grâce, je suis passé de la Foi à l'Espérance, puis de l'Espérance à l'Amour de Dieu, mon Sauveur. Puisque maintenant j'aime Dieu, je ne puis manquer de détester le péché qui me tient éloigné de lui. Comme l'auteur du psaume, je crie vers Dieu : “Mon péché est devant moi sans relâche... Crée pour moi un coeur pur, ô mon Dieu !” (Ps. 50).

 

Autrement dit, la grâce me pousse au repentir, et ainsi elle me fait franchir complètement le seuil de la justification et de la réconciliation avec Dieu. Sous l'effet de la grâce, moi qui étais loin de Dieu, me voici devenu son ami, rejetant tout ce qui n’est pas lui et tout ce qui est contraire à l’amour qu’il a pour moi. Saint Paul exprime fort bien cette transformation intérieure : “A profusion, Dieu a répandu sur nous son Esprit par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce du Christ, nous obtenions en héritage la vie éternelle” (Tite 3, 7).


Vivre dans l’amitié de Dieu

 

Nous voici maintenant établis dans l'amitié de Dieu. Nous connaissons assez l'Évangile pour savoir ce que cela signifie : Dieu se donne à nous et vient habiter en nous. “Si quelqu'un m'aime, dit Jésus, il gardera ma parole et mon Père l'aimera ; nous viendrons en lui et nous établirons en lui notre demeure” (Jn 14, 23).  Cette « habitation » de la sainte Trinité en notre âme est la grâce suprême. D'elle découle toutes les autres grâces qui nous sont faites. Dieu nous établit dans son amour, et nous appelons cela, justement : « l'état de grâce ».

 

C'est un devoir primordial que nous avons de nous maintenir dans cette relation privilégiée avec Dieu. Parce que c'est seulement lorsque nous sommes en harmonie avec la sainteté de Dieu que nous pouvons recevoir en abondance les grâces et les bénédictions que Dieu ne cesse de répandre dans l'âme de ses amis, notamment par les sacrements qu'il a confiés pour eux à l'Église.

 

L'amour de Dieu est puissant. Jour après jour, Dieu nous transforme et nous purifie (cf. Jean 15, 1-3). Sans cesse, il nous comble de sa grâce pour nous rendre toujours plus semblables à son Fils. L'idéal des baptisés est bien celui que nous désigne saint Paul, et qui ne signifie rien d'autre que notre vocation commune à la sainteté : “Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi” (Gal 2, 19). La grâce, don gratuit de la miséricorde de Dieu, est alors vraiment, pour ceux qui se maintiennent dans l'intimité de la bienheureuse Trinité, cette eau vive que Jésus promettait à la Samaritaine, “une source jaillissant en vie éternelle”.

Par Jean-Claude Alleaume - Publié dans : Éditoriaux - Communauté : Religion chrétienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 11:25

« Dans sa transcendance, l'homme va à la rencontre de Dieu, infiniment parfait. Il s'arrête pour ainsi dire au seuil du jugement, entendu comme un besoin de se retrouver enfin dans la vérité, absolue et universelle. Il comprend la nécessité d'une justice définitive. Il perçoit également, parfois d'une manière extrêmement aiguë, la nécessité d'une purification intégrale face à la majesté de l'infinie sainteté. Tout cela, ce sont les " fins dernières " dans la perspective du sujet humain. Cependant, dans l'intention divine, la pleine dimension du don surpasse les vues humaines. Peut-être le mot qui nous aide le plus à comprendre cela est-il le mot "communion", qui évoque à la fois l'union du face à face avec le Dieu vivant, et l'union entre les hommes définitivement accordés à la divine mesure de l'existence et de la coexistence. »
Jean-Paul II (N'ayez pas peur, p. 97)

Par Jean-Claude Alleaume - Publié dans : Religion - Communauté : Religion chrétienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 10 août 2009 1 10 /08 /Août /2009 06:19

« PAR L’ESPRIT SAINT IL A PRIS CHAIR DE LA VIERGE MARIE ET S’EST FAIT HOMME ». Ces paroles de notre profession de foi se rapportent à l’accomplis­sement de notre salut par Jésus Christ : ”Quand vint la plénitude des temps, écrit saint Paul, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi et de nous conférer l’adoption filiale” (Ga 4, 4-5). Aussi bien, pour parler correctement de Marie, nous devons nous référer à Jésus Christ. Et pour nous mettre dans la juste la perspective du salut, nous devons garder à l’esprit le mystère de l’Incarnation : pour nous sauver, le Fils de Dieu ”a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme”.

 

Sauver signifie : délivrer du mal. Du mal quel qu’il soit. Mais le mal radical dont le Christ nous sauve, c’est le péché et sa conséquence extrême, la séparation d’avec Dieu en qui, seul, nous pouvons trouver l’accomplis­sement de nos aspirations les plus profondes. C’est ainsi que la foi fait naître en nous l’espérance que nous professons à la fin du Credo : « J’attends la résurrection de la chair et la vie du monde à venir ». Cependant, ce que nous attendons encore en espérance, Jésus l’a déjà accompli pour sa Mère : dès qu’elle a eu fermé les yeux sur l’exis­tence d’ici-bas, elle a été élevée au ciel pour vivre dans la gloire de son Fils.

 

La foi de l’Église forme un tout, et c’est dans ce tout organique que nous pouvons approcher l’Assomption de Marie. Remontons aux origines. Dieu nous a créés pour le bonheur. Il ne nous a pas créés pour le malheur, puisqu’il est ”Amour” (1 Jo 4, 8). Il nous a donné la liberté, qui fonde notre personnalité par les choix que nous faisons tout au long de l’existence. Or, comme l’expérience nous l’apprend, la liberté que nous avons reçue de Dieu est totale, au point même qu’il nous arrive de nous retourner contre lui. C’est ainsi qu’à l’origine, l’homme s’est détourné de Dieu. Il a voulu décider par lui-même ce qui convient à son bonheur. Entre la créature et son Créateur, se produisit alors la rupture, et c’est précisément cela que la réflexion théologique de l’Église sur la révélation biblique appelle : le péché originel  ou héréditaire. C’est à cause de ce péché que le Fils de Dieu a « pris chair de la Vierge Marie » et a donné sa vie « en rançon pour la multitude » (Mt. 20, 28).

 

Illustration : Le Couronnement de la Vierge Marie, par Raphaël (Wikipedia)

Dans le récit biblique, cette rupture des relations entre l’homme et son Créateur est cependant suivie de la promesse du salut (Gen 3, 15). L’espérance que Dieu accompli­rait sa promesse a occupé le cœur du peuple juif durant des siècles, jusqu’au jour où l’ange dit aux bergers de Bethléem : « Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui, un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 11). C’est pour ce jour de grande joie que Dieu a préparé Marie à devenir la Mère de son Fils. L’ange Gabriel la salue respectueusement : « Je te salue, Marie, pleine de grâce ! » (Lc 1, 28). Elle en est toute bouleversée, mais c’est un fait : elle est « comblée de grâce ». Se pouvait-il que la Mère de l’Agneau immaculé fût elle-même atteinte par le péché ? C’est pourquoi, par une grâce absolument unique et par anticipation du salut que son Fils allait accomplir sur la Croix, Dieu l’avait préservée de toute trace de péché. Elle est l’Immaculée-Conception. On peut bien dire que, ce jour-là, la destinée de l‘humanité était suspendue à la réponse que Marie ferait à l’ange. Elle répondit en effet : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Dans l’humble maison de Nazareth, par delà des siècles d’attente, cette libre adhésion à la volonté de Dieu révoquait déjà la méfiance de l’antique Adam envers son Créateur.

 

Après le dernier repas qu’il prit avec ses disciples, le soir du Jeudi saint, juste avant de se rendre au jardin des Oliviers pour commencer sa passion, Jésus s’offrit à son Père et pria pour ses disciples : « Père, dit-il, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis ils soient avec moi, eux aussi, et qu’ils contemplent ma gloire, la gloire que tu m’a donnée avant la création du monde » (Jo 17, 24).

 

« Avant la création du monde », dit Jésus... Nous voici revenus, si je puis dire, à notre point de départ. N’ayant pas été atteinte par le péché, Marie n’en devait pas subir les conséquences. De plus, c’est elle qui a permis au Fils de Dieu de se faire le Fils de l’Homme pour racheter le monde. En retour, pouvait-il faire moins pour elle ?… Dès qu’elle a eu fermé les yeux sur l’existence de la terre, son Fils l’a prise auprès de lui dans sa gloire, pour l’éternité. 

Bonne fête de l’Assomption ! n

Par Jean-Claude Alleaume - Publié dans : Éditoriaux - Communauté : Religion chrétienne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés